Asmahne, de son vrai nom Amal, sœur du grand Farid Al Atrach, est née en 1918 dans les montagnes du Druze. A cette époque, le Liban et la Syrie ne sont pas encore sous mandat français. En 1920, son père est nommé gouverneur de la province de Demergi.
Asmahane quitte le Liban pour la Turquie. Mais quatre ans plus tard, à la mort de son père, toute la famille émigre en Egypte. La petite princesse connaît alors une vie de privations et de manques. D’origine noble, sa mère, la princesse Alya, est réduite, pour subvenir aux besoins de ses enfants, à chanter dans des clubs privés. Bercés par la musique, les cinq enfants de cette famille d’artistes, chantent. Seuls deux d’entre eux vont connaître le succès !
Le talent d’Asmahane est découvert par Mouhammad Al Qasabji, relayé par Daoud Housni. Celui-ci, dit-on, est à l’origine du nom d’artistique d’Asmahane.
Parmi les influences de la jeune femme, la musique occidentale. Elle a une bonne connaissance du chant européen. Nulle doute qu’elle s’est servie de cette influence dans ses interprétations.
On pense notamment à "Dakhalt marra fignina", de Mid’het Assem, et à "Ya tûyûr", de Kassabgi. Mais c’est avec le titre "Aleïk salat l’Allah", composée par Farid El Atrash, que la carrière de la chanteuse démarre ! Bande originale du film "Mahmal El-Esharif", le titre est d’abord interprété par Farid, son frère. Mais c’est la version d’Asmahane que le producteur préfère. Et voilà que sa voix et son style dominent vite le paysage musicale, et la chanson arabe des années trente !
Tous les compositeurs d’Oum Kalltoum (à l’exception de Zakaria Ahmed ) veulent travailler avec la jeune femme. Dès le début, l’artiste ne se contente pas d’interpréter les travaux d’un seul compositeur. Asmahane travaille avec Faïza Ahmed et Warda mais collabore aussi avec Kassabgi, Riad Sombati et même Abdelwahab (dans l’Opérette "Magnûn Leïla" et dans le film "Yûm saïd"). On la voit, avec Farid, dans les films "Intissar echabab" et "Gharam wentiqam" .
De fait, Asmahane a interprété des chansons de gens "éveillés". Grâce à son talent, elle réussit à "intriguer" des oreilles habituées à la musique traditionnelle. La chanson "Ayûh ennaïmû", de Riad Sombati, dans le film "Gharam wentiqam" prouve qu’il est possible d’apporter une interprétation fortement dramatique à la chanson arabe, sans perdre son caractère oriental. Asmahane meurt en 1944 dans un accident de la route. Cette tragédie est, paraît-il, causée par la guerre des services secrets au Caire. Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale.
Partie trop tôt, Asmahane laisse une influence considérable dans le chant arabe. Elle modifiera le cours de l’évolution de la musique arabe. Alors qu’Oum Kaltoum a apporté au chant classique, une perfection surpassant les grands maîtres du style, Asmahan, elle, a enrichi la chanson arabe en ouvrant une fenêtre sur la musique du monde occidental. Chant arabe, façon classique ou mélopées dans la plus pure tradition occidentale, quelque soit le répertoire, Asmhane assure. La maîtrise dont elle fait preuve est impressionnante ! L’artiste a su convaincre la plupart des auditeurs arabes rompus au classicisme. Talent oblige ! |